SOCIETE

Violences sexuelles : l’affaire Prinn Panitchpakdi propulse la Thaïlande dans l’ère #metoo


Prinn Panitchpakdi (44 ans), l’étoile montante de la politique thaïlandaise, est éclipsée par des accusations d’agressions sexuelles par 14 plaignantes dans trois dossiers distincts, deux pour attentats à la pudeur et le dernier pour viol. L’ancien chef adjoint du Parti démocrate a été contraint de démissionner ce jeudi 14 avril après qu’une jeune femme de 18 ans ait déposé une plainte. Après la publication de ces allégations, d’autres paroles se sont libérées. C’est une actualité très rare dans le pays. La société thaïlandaise rejette systématiquement la responsabilité sur les victimes d’abus sexuels et détourne la honte sur elles plutôt que vers l’agresseur, surtout lorsque des personnalités influentes sont impliquées.

Un raz de marée médiatique

Les uns parlent d’une machination politique, les autres le condamnent déjà. Dimanche 17 avril dernier, les enquêteurs de la police de Lumpini (Bangkok) ont demandé au tribunal pénal de Bangkok Sud de placer Prinn Panitchpakdi en détention préventive suite à plusieurs dépôts de plainte.
Ses avocats ont, dans la foulée, introduit une demande de libération sous caution que le tribunal a acceptée à condition que P. Panitchpakdi dépose une somme de 6000,00 euros pour chacune des deux affaires d’attentat à la pudeur et de 9 000,00 euros pour l’affaire de viol. Il lui est également interdit de voyager à l’étranger dans l’attente de son jugement. P. Panitchpakdi a déjà fait l’objet de plaintes similaires il y a une vingtaine d’années à Londres où il possède un appartement. Journaux, chaînes de télévision et réseaux sociaux, chacun y va de son commentaire. Le mot #metoo a fait son apparition en Thaïlande.

Une culture du silence

La libération sous caution de P. Panitchpakdi suscite la colère des féministes thaïlandaises qui manifestent depuis plusieurs jours devant le siège du Parti démocrate. Une étape semble toutefois avoir été franchie dans la mesure où le présumé agresseur est un homme de pouvoir connu en Thaïlande.
Il est aussi connu pour être le fils de Supachai Panitchapakdi, diplomate thaïlandais, ancien directeur de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et ancien secrétaire général de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement.

Copyright – YouTube

De telles accusations sont d’autant plus rares et peu médiatisées dans une société thaïlandaise  où la culture du silence d’un système patriarcal protège majoritairement les coupables. Un besoin culturel de protéger « l’honneur de la famille » alimente également le silence des victimes de harcèlement sexuel.

En clair, être agressée et le rapporter c’est montrer sa faiblesse et faire potentiellement honte à ses proches. Pourtant, la Thaïlande est l’un des pays d’Asie du Sud-Est où les criminels risquent les plus lourdes sanctions, allant jusqu’à la peine de mort.