Avec Elon Musk, Twitter va-t-il devenir une plateforme de fake news?

L’homme le plus riche du monde s’offre l’agora 2.0 du monde. Le milliardaire vient de boucler l’acquisition de Twitter pour la bagatelle de 44 milliards de dollars. Une offensive économique et symbolique pour ce maximaliste de la liberté d’expression qui devrait déboucher sur des changements pour le réseau social. Twitter sera-t-il « Musk-ifié », sachant que l’homme est, avec plus de 83 millions de followers, un utilisateur assidu du média social et l’un de ses plus fervents détracteurs ? Alors que les spéculations vont bon train, de son côté, l’ex-président américain Donald Trump a exclu lundi de revenir sur Twitter, dont il a été banni en janvier 2021, sans attendre de savoir si Elon Musk allait ou non lever l’interdiction. Analyse.
Contre l’interventionnisme de Twitter
« Twitter est la place publique numérique où des sujets vitaux pour le futur de l’humanité sont débattus. La liberté d’expression est le fondement d’une démocratie qui fonctionne », a déclaré l’entrepreneur d’origine sud-africaine ce lundi dans un communiqué. Il se dit « déterminé à rendre Twitter meilleur que jamais en améliorant le produit avec de nouvelles fonctionnalités, en rendant les algorithmes open-source pour accroître la confiance, en vainquant les « spamsbots et en authentifiant tous les humains ».
Suivi par plus de 83 millions de personnes sur Twitter, Elon Musk s’est illustré comme l’une des personnalités les plus critiques envers les mesures mises en place par le réseau social ces dernières années. Le businessman estime que Twitter va trop loin dans la modération des contenus publiés par ses membres. Il prône une plus grande liberté d’expression en ligne, selon une conception américaine du terme qui rejoint les critiques formulées par Donald Trump et les Républicains envers les réseaux sociaux en général.
Moins de transparence ?
Elon Musk a déjà aussi fait part de sa volonté de retirer l’entreprise de Wall Street, même si l’opération devrait prendre un certain temps. « Ce n’est pas un moyen de faire de l’argent. C’est juste que mon sens intuitif fort est que d’avoir une plate-forme publique qui est maximalement fiable et largement inclusive est extrêmement important pour l’avenir de la civilisation. Je ne me soucie pas du tout de l’aspect économique », avait-il déclaré Musk, lors d’un discours à TED 2022 le 14 avril.
On ne sait pas encore l’impact exact que l’homme d’affaire aura sur la plateforme, ni par où il commencera ses changements. Mais ses intentions sont bien connues. Twitter a toujours été très influent, mais il n’a jamais été près d’atteindre le niveau de rentabilité de Facebook et sa valorisation totale est en retard par rapport à de nombreux autres acteurs majeurs de la Silicon Valley.
En privatisant l’entreprise, Elon Musk souhaite la rendre plus rentable, mais il acquiert un pouvoir incroyable. Il pourra déployer des produits rapidement, prendre des décisions avec moins d’examen et fonctionner globalement avec moins de transparence qu’une entreprise cotée en bourse. Cela profitera également à ses autres intérêts commerciaux, notamment Tesla et SpaceX. Et cela lui permet aussi de consolider son image de personnage public d’influence dans le monde entier par le biais du numérique.
Plus de Fake news ou pas ?
Twitter modère actuellement certains contenus et bloque des utilisateurs en fonction de diverses normes que la plateforme a définies. Elon Musk a maintes fois exprimé son dégoût pour ces interdictions permanentes, du type de celles imposées à Trump, et a régulièrement enjoint le média social de laisser les tweets en place au nom de la liberté d’expression plutôt que de supprimer ceux qui violent les politiques de contenu du site.
Mais pour mettre en œuvre cette approche qu’il souhaite libre, il lui faudra aussi tenir compte de la mosaïque de lois existantes et d’attitudes culturelles bien différentes au regard de la liberté d’expression de par le monde.
Ainsi, certaines décisions politiques ont parfois mis l’entreprise en conflit avec certains gouvernements. La Russie, par exemple, a adopté une loi qui est entrée en vigueur le 1er janvier dernier qui oblige les sites de médias sociaux comptant plus de 500.000 utilisateurs russes quotidiens, ce qui inclut Twitter et d’autres grandes plateformes, à avoir une entité juridique ou une filiale locale basée en Russie.
Les critiques y voient un moyen pour le gouvernement de menacer les entreprises et les employés dans le pays.
L’Inde est déjà allée un pas plus loin. Le gouvernement indien a déjà menacé d’arrêter des employés de Twitter pour avoir débloqué des comptes de critiques. Malgré son enthousiasme apparent, le maximaliste de la liberté d’expression n’est peut-être pas prêt à relever les défis mondiaux de la modération de contenu.
