Troisième guerre mondiale : la Russie met en garde contre le risque « réel »

Au lendemain de la visite de ministres américains à Kiev, La Russie a une fois de plus bombé le torse. Elle a assuré ce lundi vouloir poursuivre les négociations de paix avec l’Ukraine, tout en avertissant du danger « réel » que le conflit dégénère en Troisième guerre mondiale. «Le danger est grave, il est réel, on ne peut pas le sous-estimer », a déclaré le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, dans une entrevue avec l’agence de presse russe Interfax. Ukrainiens et Américains estiment quant à eux que la Russie pourrait bien perdre le conflit qu’elle a déclenché. Chaque partie au conflit campe toujours sur ses positions. On fait le point.
Alors que l’armée russe indique avoir frappé une centaine de cibles en Ukraine ce lundi, notamment des installations ferroviaires dans le centre du pays, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a accusé le président ukrainien Volodymyr Zelensky de « faire semblant de discuter avec Moscou ».
«C’est un bon acteur (…), si on regarde attentivement et on lit attentivement ce qu’il dit, vous allez y trouver un millier de contradictions », a affirmé le chef de la diplomatie russe, cité par les agences de presse russes. « Nous continuons de mener des négociations avec l’équipe ukrainienne et ces contacts vont se poursuivre, mais le danger est grave, il est réel, on ne peut pas le sous-estimer», a-t-il ponctué.
Chacun estime « gagner »
« Ainsi parle-t-on d’un danger « réel de la Troisième Guerre mondiale. Cela signifie seulement que Moscou sent la défaite en Ukraine », a répondu de son côté sur Twitter le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba. Ces déclarations interviennent au lendemain de la visite à Kiev, où ils ont rencontré Volodymyr Zelensky, du chef du Pentagone Lloyd Austin et du secrétaire d’Etat Antony Blinken. Au retour de cette visite, le chef du Pentagone a estimé que Kiev pouvait gagner la guerre.
« La première chose pour gagner, c’est de croire que l’on peut gagner. Et (les Ukrainiens) sont convaincus qu’ils peuvent gagner (…) Ils peuvent gagner s’ils ont les bons équipements, le bon soutien», a-t-il déclaré.
Lundi soir, le président Zelensky a lui estimé que la victoire ukrainienne n’était qu’une question de temps. « Grâce au courage, à la sagesse de nos défenseurs, grâce au courage de tous les Ukrainiens, de toutes les Ukrainiennes, notre Etat est un véritable symbole de la lutte pour la liberté (…) Il y a un mois, nous devions encore convaincre différents pays que miser sur l’Ukraine était un pari gagnant. Maintenant, tout le monde le sait », a-t-il lancé dans son adresse du soir.
Une nouvelle aide militaire directe des Etats-Unis
Dans la foulée de ces déclarations, les Etats-Unis ont annoncé une nouvelle aide militaire directe et indirecte pour l’Ukraine de 700 millions de dollars. Cela porte leur assistance à 3,4 milliards, afin d’accélérer les livraisons d’équipements militaires, que Volodymyr Zelensky ne cesse de réclamer.
Des armes lourdes sont désormais fournies pour contrer l’offensive russe qui se concentre sur l’est et le sud de l’Ukraine, après que les troupes de Moscou ont échoué dans la région de Kiev, dont elles se sont retirées fin mars. Les livraisons d’armes à l’Ukraine devraient être au centre d’une réunion des ministres de la Défense de 40 pays alliés, ce mardi en Allemagne
Chemins de fer visés
Lundi, l’armée russe a notamment tiré des missiles sur des installations ferroviaires, faisant cinq morts et 18 blessés dans la région de Vinnytsia, dans le centre-ouest de l’Ukraine, relativement épargnée jusqu’ici. Au total, cinq gares ont été visées. Les Russes « essaient de détruire les voies d’approvisionnement de l’assistance militaro-technique offerte par des États partenaires. Pour ce faire, ils concentrent les attaques sur les nœuds ferroviaires », ont écrit sur Facebook les Forces armées ukrainiennes.
Statu quo à Marioupol
À Marioupol, presque entièrement contrôlée par les Russes, la situation semble toujours bloquée. Les bombardements se sont poursuivi tout le week-end sur le complexe métallurgique Azovstal, où sont retranchés les derniers combattants avec près de 1000 civils bloqués sur le site. Moscou a annoncé unilatéralement un cessez-le-feu lundi, pour assurer leur départ, mais Kiev a balayé cette annonce. « Le couloir annoncé n’offre aucune sécurité, donc il n’y a pas d’évacuation », a indiqué la vice-première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk.
Selon le ministre de la Défense britannique Ben Wallace, « Moscou a perdu à ce jour approximativement 15.000 hommes » en Ukraine, un chiffre invérifiable de source indépendante. Moscou n’a donné aucun bilan depuis le 25 mars, lorsqu’elle avait affirmé avoir perdu seulement 1.351 soldats.
Le conflit a anéanti toute coopération entre la Russie et les Occidentaux, qui enchaînent les expulsions de leurs diplomates respectifs. Lundi, le Kremlin a annoncé l’expulsion de 40 diplomates allemands, en représailles à une mesure similaire prise récemment par Berlin. Dans ce contexte, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres était lundi en Turquie, un pays qui tente de jouer les médiateurs dans le conflit, avant de se rendre ce mardi à Moscou puis à Kiev.
Copyright – « Le danger est grave, il est réel, on ne peut pas le sous-estimer», estime le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov – AFP
