OPINION

Le Prix de la démocratie

BELGA
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Christian est catholique pratiquant. Elevé dans la religion chrétienne, vers seize ans, il perdit la foi mais, après trente ans d’errance intellectuelle et de réflexion, l’a retrouvée. Depuis lors, il se rend à l’église tous les dimanches. Ou plutôt se rendait. Le pouvoir politique a, en effet, estimé que la fréquentation des lieux de culte (fussent-ils chrétien, musulman, juif…) et même des ateliers maçonniques n‘était pas «  essentielle » à l’être humain. Désormais, Christian peut de nouveau aller à la messe pourvu qu’il s’inscrive sur un site et qu’au maximum quatorze autres personnes agissent de même. La seizième se verra, en principe, refoulée si elle se présente à la cérémonie. Il s’interroge : l’indépendance de l’Eglise (des cultes…) et de l’Etat n’est-elle pas garantie par la Constitution ?

Christian a tenté de passer outre à cette réglementation et de convaincre la quarantaine de paroissiens fidèles de mettre sur pied une messe sans autres restrictions que celles qui sont applicables ailleurs : règles du mètre cinquante, du lavage des mains…
Pourquoi, dans des lieux pouvant accueillir au moins cinquante personnes dans le respect des normes, se limiter à quinze personnes ?

La valeur de la vie

Après une semaine de réflexion, la réponse de paroissiens fut négative. En effet, ceux-ci ne voulaient pas prendre le risque de se voir infliger une amende de deux cent cinquante euros. Cette histoire est exemplaire. Dans d’autres circonstances, on entend le même raisonnement, la même justification de l’inertie citoyenne face au comportement difficilement admissible du Pouvoir à l’égard de la Constitution et des libertés fondamentales. Comme disait François Perin (c’était évidemment un autre temps), la Constitution est une vieille dame qui a été violée tellement souvent qu’on se demande si elle n’y prend pas un certain plaisir.

Aujourd’hui, le Pouvoir sait que, s’il menace la population d’amendes de deux cent cinquante euros, il peut, moyennant un prétexte sécuritaire, presque suspendre l’application de la Convention européenne des droits de l’homme, sous les seules protestations de quelques vieux anarchistes, dans l’indifférence quasi générale. C’est toujours bon à savoir.

En 1961, le Premier ministre d’alors, Gaston Eyskens, aurait pu entraver plus facilement les manifestations dirigées contre la Loi Unique en arguant de la grippe asiatique et en interdisant les rassemblements de plus de deux personnes à coup d’amendes de cinq mille francs (à l’époque).
Nous connaissons maintenant, grâce à l’épidémie, le prix de la démocratie : deux cent cinquante euros.

Jacques Melon
Citoyen Lambda


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