OPINION

« Il faut retirer St-Pétersbourg de la liste des villes qui accueilleront l’Euro 2021 »

BELGA
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Après le détournement d’un avion civil européen, jouer au football à Saint-Pétersbourg en Russie serait se rendre complice de la collusion de Vladimir Poutine avec le dictateur de Biélorussie, Alexandre Loukachenko, estiment, à travers cette tribune, signée par dix-huit intellectuels parmi lesquelles le sociologue, Claude Javeau, les philosophes Pascal Bruckner, Daniel Salvatore Schiffer, Pierre-André Taguieff  et  l’historienne Marie-Jo Bonnet ou encore le biologiste Jacques Testart.

Il est impossible de dissocier l’organisation de l’Euro de football, qui se déroulera du 11 juin au 11 juillet, du climat international de tensions, de menaces et de provocations que le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko vient à nouveau d’aggraver par ses pratiques de gangster. En détournant un avion de ligne civil sous la menace d’un Mig-29 pour kidnapper et emprisonner le journaliste dissident Roman Protassevitch et sa compagne Soa Sapega, il a, avec la complicité de son parrain Vladimir Poutine, augmenté d’un cran la répression transfrontalière.

Terrorisme d’Etat

Il s’agit là d’un acte de piraterie au sein même de l’Europe contre une compagnie européenne suivi d’un double enlèvement. Or, nul n’ignore que l’autocrate Poutine est aujourd’hui à la manœuvre pour maintenir Loukachenko à la tête de la Biélorussie : il a cautionné la fraude électorale massive de sa réélection, dénoncée par l’opposition démocratique et les organisations de défense des droits de l’homme, il soutient la répression violente des manifestations par la police et les milices aux ordres et il active ses réseaux d’espionnage pour traquer, au mépris du droit international, les opposants politiques et les réduire au silence, y compris par le terrorisme d’Etat. Il ne fait là qu’exporter les méthodes qui l’ont maintenu au pouvoir en Russie depuis plus de vingt ans et qui sont destinées à perpétuer son règne national populiste jusqu’en 2036 au moins.

Son ambition nationaliste de reconquête idéologique et militaire des anciens satellites du glacis soviétique s’accomplit par une série de coups de force qui violent ouvertement le droit international (invasion de la Géorgie, annexion de la Crimée) et par l’annihilation de toute forme d’opposition intérieure (assassinats de journalistes, emprisonnements des dissidents en camps de rééducation, mise au pas des ONG et des organes de presse indépendants, violences policières systématiques contre les manifestants). Poutine et son homme de main Loukachenko violent non seulement la souveraineté de l’Union européenne mais ils constituent aussi une menace directe pour la paix en Europe. En persécutant l’opposition démocratique à l’intérieur de leurs frontières et en traquant les dissidents exilés dans les pays de l’Union européenne, ils constituent de graves facteurs de déstabilisation.

Caution honteuse

Pour l’Euro 2021, l’Union des associations européennes de football (UEFA) a choisi onze villes organisatrices : Rome, Londres, Amsterdam, Séville, Bucarest, Copenhague, Glasgow, Munich, Budapest, Bakou et Saint-Pétersbourg. Sept matchs dont un quart de nale doivent avoir lieu au stade Gazprom Arena de Saint-Pétersbourg.
Or, Gazprom est la véritable clé de voûte du pouvoir de Poutine et des menées expansionnistes de son clan maffieux. Gazprom est également le cheval de Troie de la Russie au sein des aaires européennes par le biais du gazoduc Nord Stream 2 destiné à distribuer le gaz russe à l’Allemagne via la mer Baltique. Les autorités européennes doivent sanctionner la Russie en bloquant ce projet qui exporte surtout les méthodes de la guerre froide.

Peut-on accepter que les matchs qui se joueront à Saint-Pétersbourg puissent orir le spectacle honteux d’équipes de football venant cautionner par leur présence sur la pelouse de Gazprom les manipulations politiques du néo-tsar Poutine, « président à vie » qui entend bien empêcher toute forme de solidarité européenne contre lui et ses sbires de Biélorussie, de Syrie ou de Turquie ?
Si les Bleus devaient accéder aux quarts de nale, ils pourraient même jouer les faire-valoir devant un Poutine ravi d’humilier le président Macron, incapable de mettre un terme aux agissements du maître du Kremlin. Les régimes autocratiques, totalitaires ou policiers – la Chine et la Russie en tout premier lieu – ont pris l’habitude d’expliquer qu’il ne fallait pas « mélanger le sport et la politique » alors même qu’ils ont toujours instrumentalisé les grandes compétitions internationales dans de cyniques campagnes de propagande.

Alibi d’un régime autoritaire

Aller jouer au football ou faire du tourisme à Saint-Pétersbourg, c’est accepter de se rendre complice de la collusion d’un ex-membre du KGB avec le satrape de Biélorussie.
C’est pourquoi nous appelons toutes les forces politiques démocratiques de l’Union européenne à exiger de l’UEFA qu’elle retire Saint-Pétersbourg et le stade Gazprom Arena de la liste des villes qui accueilleront l’Euro en juin et juillet. L’Union européenne de cyclisme (UEC) vient déjà d’annuler les championnats d’Europe de cyclisme sur piste qui devaient se dérouler du 23 au 27 juin (à Minsk) en Biélorussie.
Nous appelons donc à accentuer l’isolement sportif du régime criminel de Loukachenko. Nous appelons également les fédérations de football de l’Union européenne, tout particulièrement la fédération française, à refuser de jouer à Saint-Pétersbourg. Nous appelons enn les organisations démocratiques et de défense des droits de l’homme en France à s’associer à cet appel.
Le football ne doit pas être l’alibi d’un régime autoritaire qui cherche à saper les valeurs fondatrices de l’Europe.

COLLECTIF

Liste des signataires :

Marie-Jo Bonnet, historienne de l’art ; Jean-Marie Brohm, sociologue, professeur émérite des universités ; Pascal Bruckner, philosophe et écrivain ; Yana Grinshpun,
maîtresse de conférences en linguistique française ; Claude Javeau, sociologue, professeur émérite de l’Université libre de Bruxelles ; Marc Jimenez, philosophe, professeur émérite des
universités ; Catherine Louveau, sociologue, professeure émérite des universités ; Eric Marty, écrivain et universitaire ; Isabelle de Mecquenem, professeure de philosophie ; Fabien Ollier, directeur de la revue « Quel Sport ? » ; Laetitia Petit, maîtresse de conférences-HDR à l’université Aix-Marseille ; François Rastier, directeur de recherche (CNRS) ; Xavier-Laurent Salvador, maître de conférences à l’université Sorbonne-Paris-Nord ; Daniel Salvatore Schiffer, philosophe et écrivain ; Jean Szlamowicz, professeur des universités ; Pierre-André Taguieff, philosophe et politologue, directeur de recherche au CNRS ; Jacques Testart, directeur de recherche honoraire à l’Inserm ; Yves Charles Zarka, philosophe.

 


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