Nucléaire : quel gâchis et que de temps perdu !

Journaliste – Rédacteur en chef.
BELGALe débat continue de faire rage autour du dossier de la sortie du nucléaire et rien ne dit qu’il est clôt. Et quand on observe les déclarations des uns et des autres ainsi que le temps que prend le dossier, on ne peut s’empêcher de dire qu’on est face à un sérieux gâchis. Que de temps perdu doublé d’un sentiment de duperie de la part des décideurs politiques. D’abord, il y a eu la loi du 31 janvier 2003 relative à la « sortie progressive de l’énergie nucléaire à des fins de production industrielle d’électricité », prise sous la pression des écologistes, membres du Gouvernement fédéral « arc-en-ciel » dirigé par le libéral Guy Verhofstadt.
Le calendrier établi prévoit la fermeture des trois plus anciens réacteurs (Doel 1, Doel 2 et Tihange 2) dès 2015. L’extinction des quatre autres réacteurs est prévue entre 2022 et 2025. Mais les débats n’ont jamais cessé depuis 2003 agrémentés notamment par les questions liées à la sécurité d’approvisionnement de la Belgique et la facture des ménages. En 2009, le Gouvernement Van Rompuy (CD&V) décide de la prolongation de l’exploitation des trois plus anciennes centrales nucléaires, mais celle-ci ne sera votée qu’en 2015 au Parlement pour tourner jusqu’en 2025.
Que de temps perdu doublé d’un sentiment de duperie de la part des décideurs politiques.
Entre 2012 et 2015 interviennent dans le débat des questions sur la sûreté des installations nucléaires suite à la découverte de microfissures (ou plutôt d’inclusions gazeuses) sur les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. En 2018, le Gouvernement de Charles Michel (MR) s’accorde sur la sortie du nucléaire entre 2022 et 2025, mais l’encadre par des conditions : garantir la sécurité d’approvisionnement de la Belgique, respecter les accords de Paris sur le climat (réduction des émissions polluantes), assurer la sécurité du parc et veiller à ce la facture des citoyens n’explose pas. En 2020, lors de la formation du Gouvernement actuel d’Alexander De Croo, les discussions débouchent sur une confirmation de la sortie du nucléaire en 2025, mais avec la réalisation d’une analyse pour fin novembre 2021 pour que la sécurité de l’approvisionnement soit garantie et que cette extinction des réacteurs nucléaires n’ait pas un impact sur la facture des ménages. Il est question de poursuivre la mise en place d’un mécanisme de subsidiation de nouvelles unités de production pour remplacer le nucléaire (le fameux CRM). Deux hypothèses figurent dans l’accord : travailler sur un plan sur la sortie du nucléaire et examiner parallèlement un plan B pour une prolongation éventuelle des deux plus récentes centrales nucléaires (Tihange 3 et Doel 4). La mission est confiée à la ministre de l’Energie Tinne Van der Straeten (Goen !). Et c’est sur le chapitre concernant le rapport à délivrer en novembre 2021 et les deux hypothèses à examiner qu’on découvre qu’un jeu bizarre s’est joué sur le dos des Belges.
Pourquoi donc avoir prévu la réalisation d’une étude à rendre pour fin novembre 2021 si on savait que de toute façon, à cette échéance, les carottes étaient déjà cuites pour l’extinction du parc nucléaire ?
En effet, les partisans de la sortie du nucléaire, notamment les Verts (Ecolo, Groen !), rejoint s par le parti Premier ministre Alexander De Croo (Open VLD) qu’il est aujourd’hui trop tard pour décider de la prolongation des deux plus récentes centrales nucléaires. On découvre que l’entreprise Engie Electrabel avait fait le tour des partis politiques lors de la formation du Gouvernement fédéral en 2020 pour attirer leur attention sur le fait qu’il fallait prendre une décision sur la prolongation de Doel 4 et Tihange 3 au plus tard en septembre 2020. Pourquoi donc avoir prévu la réalisation d’une étude à rendre pour fin novembre 2021 si on savait que de toute façon, à cette échéance, les carottes étaient déjà cuites pour l’extinction du parc nucléaire ? De qui se sont donc moqués les responsables politiques ? A-t-on vraiment examiné le scénario du plan B ? Est-il vraiment tard pour décider de la prolongation de Doel 4 et Tihange comme le prétend les partisans de la fin de l’atome ?
Des hypothèses probabilistes et (trop ?) optimistes sont aujourd’hui mises en avant pour assurer que l’approvisionnement de la Belgique est garanti en cas de sortie totale du nucléaire en 2025 et que l’impact sur la facture des ménages serait limité… Finalement, rien n’est sûr et des éléments factuels permettent d’en douter. Mais soit. Si un problème devait subvenir en cas d’extinction de tous les réacteurs nucléaires en 2025, les citoyens ne trouveront aucune excuse aux responsables du chaos, ils devront en répondre…
