Culture : une résistance justifiée et compréhensible

Journaliste – Rédacteur en chef.
grignoux.beLes dernières décisions prises par le dernier Comité de concertation (Codeco) dans le cadre de la lutte contre le Covid-19 suscitent des critiques et de l’incompréhension. Et une certaine résistance s’organise, notamment dans le secteur de la culture. La réaction des acteurs de la culture est tout à fait compréhensible. Celle-ci suscite de l’empathie, de l’adhésion et un soutien qui risque d’aller crescendo. On ne peut que partager la colère et la frustration des acteurs de la culture tant la décision de fermeture totale qui leur est imposée en ces temps de fêtes est infondée, irrationnelle et sans logique.
Pourquoi décider de réduire un secteur au silence et l’inactivité forcée sous prétexte de lutte contre le virus, alors que les études et les constats démontrent qu’il n’est pas un lieu qui développe des clusters de contaminations ?
La décision des autorités manque de cohérence. Elle interpelle d’autant plus que les salles de cinéma et des salles de théâtre sont déjà limitées par une jauge et que les gestionnaires ou propriétaires ont fait les investissements nécessaires pour rendre ces lieux plus sûrs. Leur accès n’est-il conditionné à la présentation du Covid Safe Ticket ? Et ce dernier sésame atteste que le spectateur est en ordre de vaccin, lequel réduit significativement le risque de contamination ou de développement de forme grave de la maladie. La population est aujourd’hui consciente que la crise est loin d’être finie et qu’elle ne peut pas (encore) s’adonner à la fête comme avant. Mais fermer purement et simplement les lieux de culture, sans qu’une analyse scientifique ne justifie cette décision ne peut que révolter. Elle donne l’impression de désigner, sans raison, une cible facile.
Par des décisions incohérentes qui pénalisent la culture, les responsables politiques vont développer autour de ses acteurs, un foyer de résistance qui risque de grossir.
Quand on voit les réactions d’acteurs politiques dont les partis (Ecolo, MR, PS) ont participé au Codeco ayant accouché de la décision de fermeture des lieux de culture, alors la confusion ajoute à l’incompréhension. Pourquoi dénoncer sur la place publique une décision prise dans une instance où on siège et qu’on est censé défendre au nom de la collégialité ? Quelles sont donc les règles de la prise de décisions au sein du Codeco ? Faut-il les revoir pour tenir compte davantage compte des avis contraires pour éviter des sorties publiques qui n’honorent pas les gestionnaires de la chose publique ? Mais c’est un autre débat.
Quant à la décision de fermeture des lieux culturels, elle mérite d’être révisée, car elle risque d’accentuer encore plus la méfiance qui s’installe vis-à-vis des responsables politiques. La population a besoin de la culture, elle lui est vitale, car elle contribue autant à son évasion, à son divertissement qu’à son instruction et à sa sensibilisation (sur des sujets importants). Les lieux culturels sont aussi des acteurs économiques. Les responsables politiques doivent faire attention, car par des décisions incohérentes qui pénalisent la culture, ils vont développer, autour des acteurs du secteur, un foyer de résistance qui risque de grossir et de se muer en une vague dévastatrice. L’exemple de la culture démontre, si besoin en est encore, que les responsables politiques doivent écouter encore plus les représentants des secteurs touchés par les décisions qu’ils prennent, notamment dans la gestion de la crise sanitaire.
