ELECTION PRESIDENTIELLE

France : le débat électoral est-il définitivement confisqué par l’Ukraine ?


Les Français craignaient une campagne anesthésiée par le Covid-19, elle est à l’évidence bombardée par l’Ukraine. Les candidats à l’élection ruent dans les brancards. Ils réfutent une nouvelle présidentielle gâchée, après le dernier scrutin pollué par les affaires de François Fillon qui avait été mis en examen le 14 mars 2017 pour détournements de fonds publics et recel d’abus de biens sociaux. La présidentielle de 2022 réussira-t-elle cette fois à s’émanciper de l’actualité internationale, alors que les idées d’Eric Zemmour ont accaparé le débat pré-présidentielle ? La spirale est, à tout le moins, vertueuse pour le président-candidat Emmanuel Macron.

Les militants et adhérents, de gauche comme de droite, qui espèrent, en 2022, des réponses concrètes sur les questions d’ordre social, l’économie ou encore la lutte contre le réchauffement climatique, sont unanimes. Depuis deux semaines, le discours politique de certains candidats a radicalement changé. D’aucuns tentent de faire de l’élection présidentielle un référendum sur la politique internationale d’Emmanuel Macron. A quelques semaines du premier tour, le débat est confisqué et le grand rendez-vous démocratique semble passer au second plan. Le conflit s’est imposé dans la séquence présidentielle et les visages de Vladimir Poutine et Volodymyr Zelensky sont devenus plus familiers aux Français que ceux de certains candidats en lice. Or, les Français ne votent par pour la souveraineté de l’Europe, mais pour une idée de la France.

Intentions de vote au 12 mars 2022, baromètre 2022 Ipsos Sopra-Steria pour France info.

Polémique sur le candidat Macron, chef de guerre

Alors que les campagnes s’ajustent et que les meetings sont repensés, le chef de l’Etat français fait campagne par intermittence, happé par son agenda international. L’ultra favori des sondages d’opinion alerte et livre son message de guerre : « les erreurs, on les fait quand on pense qu’il n’y plus de risques ». Le concurrencer à ce stade est l’impossible défi des candidats qui rêvent de devenir président. Que faire pour se sortir du bourbier de candidat ?

Le conflit ouvert déclaré par Moscou aspire véritablement l’oxygène des concurrents d’Emmanuel Macron. Entre une union nationale indispensable face à une démocratie européenne en danger et les critiques à l’encontre du chef de l’Etat, de facto évacuées quant au bilan de son quinquennat, le fil du rasoir est tranchant pour s’approprier une autre thématique et l’imposer. L’Ukraine a fort probablement donné rendez-vous à Emmanuel Macron avec l’Histoire de France. Les jeux sont-ils pour autant faits ? L’homme fait, à tout le moins, un parcours sans faute stratégique et sans se salir les pieds sur un terrain densément miné. Le président sortant fait un bon dans les intentions de vote. Il est actuellement crédité de 30,5%.