22 mars 2016 : hommage aux héros anonymes des attentats de Bruxelles

Le 22 mars, jour funeste, et les jours qui suivirent, la Belgique a connu un élan de solidarité sans précédent. Comme lors des attentats de Paris, en janvier et novembre 2015, un seul message a résonné à l’unisson dans la population : si le terrorisme nous enlève des vies, jamais il ne nous prendra nos valeurs et notre liberté. Contre l’obscurantisme, l’union fera toujours la force de notre pays. Nous rendons une nouvelle fois hommage à tous ces médecins, infirmiers, pompiers, agents de sécurité mobilisés durant ces jours noirs et ces nuits blanches passés aux côtés des victimes et de leurs proches, mais aussi, à tous ces citoyens anonymes qui, dans un élan de solidarité rarement égalé, ont spontanément prêté main forte.
#jeveuxaider
Dans les minutes qui suivent les attentats, un sentiment de responsabilité collective embrase la toile et l’assistance physique et moral se propage. Si Facebook lance un service d’alerte pour ses utilisateurs, afin de savoir si les familles et les amis sont sains et saufs, des hashtags font leur apparition. #jeveuxaider, #solidaritéhotel, #portesouvertes, les internautes se mobilisent sur les réseaux sociaux. L’hashtag #PrayForBelgium, semblable à #PrayForParis, qui avait circulé après les attentats de Paris, est utilisé pour exprimer sa solidarité envers les victimes et les proches
Sur le terrain, plus de 100 secouristes, infirmiers, ambulanciers, médecins s’impliquent sans relâche sur différents sites pour porter secours aux blessés. La demande de sang est urgente dans les hôpitaux. De nombreux donneurs répondent favorablement à l’appel. L’armée est également appelée en renfort pour transporter rapidement les cas les plus graves.

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Une médecine de guerre pour une scène de guerre
Alexis Pauwels, pompier, caporal de la 14ème compagnie, infirmier urgentiste à Anderlecht, se souvient : « lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, toutes les victimes qui avaient pu fuir étaient déjà sorties du métro. Elles se sont retrouvées rue de la Loi et ont été aidées par des agents du groupe Securitas de la Commission européenne. Nous avons immédiatement créé, avec deux infirmiers, un poste médical avancé (PMA) dans un hôtel. Je suis ensuite parti dans la rame. »
« Le silence qui y régnait m’a glacé le sang. C’était une vision d’enfer que je ne pourrai jamais oublier. Il y avait des morceaux de corps partout. Nous avons évacué en priorité ceux qui gémissaient et bougeaient encore. La personne que j’ai remontée en premier avait une hémorragie interne. Dans le PMA, nous nous sommes retrouvés avec des victimes éventrées, amputées, un condensé de cas entre la vie et la mort. La moitié agonisante. Avec une telle explosion, les dégâts se situent au niveau des organes internes, mais aussi au niveau neurologique, en raison des dégâts au cerveau. Nous ne pouvions que les stabiliser. Ils nécessitaient une chirurgie d’urgence. Ceux qui respiraient encore, nous les mettions sur le côté pour qu’ils n’étouffent pas dans leur sang. Nous n’avions que peu de contact verbal.
L’image d’un jeune homme, hurlant tout son instinct de survie, restera particulièrement gravée en moi. Il était brûlé au cou, avait un trou derrière la tête. Il arrachait les pansements que nous tentions de lui mettre, s’agitait. Il ne nous entendait pas, il n’était déjà plus avec nous. Notre intervention a duré 1h45 dans un contexte de médecine de guerre. Nous avons tous pourtant eu l’impression d’avoir travaillé 4 heures. Nous avons aussi des trous de mémoire.
C’est un réflexe salutaire : le cerveau n’enregistre pas toutes les images pour se protéger, mais c’est atrocement culpabilisant. Si dans notre métier, on essaie de relativiser pour évacuer le stress, jamais je n’aurais imaginé vivre ce que j’ai vécu. Et pourtant, je suis spécialisé en soins intensifs et j’ai suivi une formation en médecine de catastrophe pour gérer des situations comme les tremblements de terre, de gros incendies ou des catastrophes ferroviaires. Une chose est sure, même si on visionne des images de ce qui s’est passé à Paris ou à Londres, on n’est pas préparé à gérer les émotions qui vous envahissent. On sait cependant que le travail doit reprendre, c’est notre métier. Alors, on retourne à la caserne, on nettoie le matériel et on rééquipe les ambulances en prévision de nouvelles interventions futures que l’on ne souhaite pas. »

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Un procès sous le signe de l’émotion
Le procès des attentats de Bruxelles débutera le 10 octobre prochain. La chambre des mises en accusation de Bruxelles a confirmé le 17 septembre 2021 le renvoi devant la cour d’assises des 10 inculpés dans l’enquête sur les attentats du 22 mars, marquant ainsi la clôture définitive de l’instruction.
Pour les 36 jurés, qui devront suivre le procès durant 6 à 9 mois, leur rôle sera d’écouter, tout en faisant preuve d’une impartialité et d’une neutralité absolue, tel que le requiert la justice pénale. Au terme de ce procès, ce jury aura la lourde responsabilité de décider de la culpabilité ou non des accusés, mais aussi de déterminer les peines. Reste à voir comment chaque membre de ce jury vivra émotionnellement les débats au regard des faits.

Copyright : Devant l’aéroport de Zaventem – archives privées – DR
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