Agriculture européenne et guerre en Ukraine : le nouvel alibi des productivistes

Le conflit ukrainien sème la panique sur l’approvisionnement européen et mondial, notamment en céréales. L’agriculture intensive est instrumentalisée par les représentants d’un modèle agricole industriel, qui cherchent à pousser des logiques productivistes que dénoncent plusieurs ONG. La Commission européenne a entériné ce 23 mars des mesures de soutien à l’agriculture. La sécurisation des engrais, majoritairement importés, la mise en culture des jachères et la souveraineté alimentaire sont au menu. Une trentaine organisations environnementales, citoyennes et paysannes dénoncent, dans ce contexte de crise, l’intense lobbying de l’agro-industrie contre Farm to Fork, le volet agricole du Pacte vert européen.
Alors que la guerre en Ukraine s’intensifie, la bataille continue de faire rage entre les partisans d’une agriculture productiviste et les défenseurs d’un modèle agricole plus respectueux de l’environnement. Dans une lettre ouverte (Link vers : https://www.greenpeace.fr/lettre-ouverte-25-organisations-environnementales-citoyennes-et-paysannes-denoncent-linstrumentalisation-de-la-guerre-en-ukraine-par-les-tenants-dune-agriculture-productiviste/) adressée à Emmanuel Macron, Président de la République à la tête de la présidence française de l’Union européenne, les représentants d’un modèle agricole durable estiment que « les mesures prises pour répondre aux conséquences immédiates de la guerre afin de répondre à une demande alimentaire mondiale ne doivent pas se faire au détriment d’autres enjeux ».
la stratégie « De la ferme à la table »
La filière agroalimentaire de l’UE garantit la sécurité alimentaire de plus de 400 millions de citoyens. Le secteur agroalimentaire a toutefois un impact considérable sur l’environnement.
Selon le dernier rapport alarmant du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), environ un tiers des émissions mondiales de gaz à effet de serre proviennent des systèmes alimentaires. Le modèle alimentaire actuel a également un effet néfaste sur la santé des personnes, avec pour conséquence qu’en Europe plus de 50 % des adultes sont en surpoids.
En mai 2020, la Commission a présenté sa stratégie Farm to Fork (Link vers : https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/from-farm-to-fork/#:~:text=En%20mai%202020%2C%20la%20Commission,UE%20vers%20un%20mod%C3%A8le%20durable.), l’une des initiatives clés du pacte vert pour l’Europe. Tout en rappelant que la sécurité et la sûreté alimentaires sont des priorités, la stratégie vise à faire évoluer le système alimentaire actuel de l’UE vers un modèle durable afin de parvenir à la neutralité climatique d’ici 2050.
Les priorités sont : réduire les pertes et le gaspillage, combattre la fraude alimentaire dans la chaîne d’approvisionnement, améliorer le bien-être des animaux, réduire de 50 % l’utilisation des pesticides et de 20% les engrais et accroître les surfaces nécessaires à la biodiversité.
L’intense lobbying de l’agro-industrie
Or, la situation actuelle en Ukraine illustre de manière frappante à quel point l’alimentation et l’agriculture européennes, et l’élevage en particulier, sont dépendants d’importations. Les engrais de synthèse et pesticides, fabriqués à partir de gaz et de pétrole en partie importés de Russie, voient leur prix s’envoler en raison des ruptures d’approvisionnement. Les coûts de production flambent pour les éleveurs, qui sont aussi fortement dépendants de céréales (maïs) et d’oléagineux (tourteaux de tournesol) importés d’Ukraine pour l’alimentation animale.
Si les défenseurs d’un modèle agricole respectueux de l’environnement ne nient pas cette réalité, ils dénoncent le fait que « l’agriculture industrielle s’est engouffrée dans la brèche de la guerre pour intensifier son lobbying contre la stratégie européenne Farm to Fork et cherche à détricoter les rares avancées environnementales des politiques agricoles européennes pour pousser sa logique productiviste ».
Dans leur lettre ouverte adressée à Emmanuel Macron, les ONG rappellent que les réformes prévues par Bruxelles ont été actées. « S’il est nécessaire de prendre des mesures immédiates pour répondre aux conséquences terribles de la guerre, cela ne doit pas être au détriment des autres enjeux auxquels l’humanité fait face, comme la pollution généralisée des milieux et ses conséquences ou encore l’urgence climatique ». Des enjeux récemment rappelés par le GIEC.
