L’abstention des jeunes à l’élection présidentielle : une crise de leur représentativité

A la Sorbonne, l’ENS et Sciences Po, ce jeudi 14 avril, plusieurs centaines d’étudiants se sont rassemblés, dans une ambiance tendue avec les forces de l’ordre, pour dénoncer un « faux choix » entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. « Marre d’élire tous les 5 ans, le Roi des bourgeois » exprime leur colère. « Pas de quartier pour les fachos, pas de fachos dans nos quartiers » est leur slogan. Une fronde estudiantine qui interpelle dans l’entre-deux-tours, alors que Ipsos France nous révèle que 42% des 18-24 ans et 46% des 25-34 ans se sont abstenus de voter au premier tour, soit 40% des moins de 34 ans. Ils étaient 30% en 2017, soit dix points de moins.
Cette crise de la représentativité qui se cristallise dans une non-participation volontaire au processus démocratique devrait alarmer les élus comme les futurs élus. Car, à l’analyse, on est bien loin d’avoir affaire à une nouvelle génération désabusée ou platement utilitariste. Non que la chose politique ne les intéresse plus. Le clivage des jeunes avec leurs aînés se situe plutôt en termes de valeurs politiques contemporaines qui n’intègrent pas les leurs dans le débat public.
78% des moins de 30 ans se méfient aujourd’hui du politique
Plus d’un jeune sur deux ne se reconnait plus dans une offre politique estimée déconnectée de leurs réalités. L’accès au logement et au travail, la précarité estudiantine et le pouvoir d’achat, les inégalités sociales, l’accès aux soins, les effets délétères de la crise sanitaire et l’environnement occupent principalement leurs préoccupations pour 72% d’entre eux.
Sur ces questions, la plupart ne se retrouvent dans aucun candidat à l’élection présidentielle, souligne une étude de l’Institut Montaigne menée auprès de 8000 d’entre eux en février dernier.
Leurs difficultés n’ont ainsi plus de traductions politiques, ce qui ne permet pas de les mobiliser pleinement : 78% des moins de 30 ans se méfient aujourd’hui du politique. Ils ne voient dès lors plus le vote comme un véritable moyen d’action. Le boycott est militant et l’abstention, leur nouveau parti politique.
Et pourtant, l’entrée dans l’âge adulte s’accompagne d’un moratoire politique de maturation idéologique. Les préférences partisanes ne sont pas encore figées. Les lignes de la pensée peuvent encore bouger, d’un candidat à l’autre, comme d’une élection à l’autre.
Dès lors, pour qu’elle ne boude plus les urnes, se préoccuper de la nouvelle génération devrait être au cœur de la dynamique électorale présente et à venir. Seul prérequis porté à l’unisson par les 18-34 ans : proposer les prémisses certaines d’un monde meilleur.
L’enjeu est hautement symbolique si l’on ne veut pas que cette désaffiliation politique ne s’aggrave d’un affaiblissement, qui serait fracture, de l’adhésion à l’idéal démocratique : un droit de vote égal et la satisfaction du plus grand nombre.
