PRESIDENTIELLE FRANCAISE

Dans la presse étrangère, Marine Le Pen est vue comme une « menace mortelle » pour l’Europe


Le rituel débat télévisuel de l’entre-deux-tours, c’est ce mercredi 20 avril en début de soirée sur les chaînes françaises. Chacun des deux camps fourbit ses armes, gardant en mémoire le souvenir du précédent débat. En 2017, la candidate du Rassemblement national avait sombré. Cette fois, elle dit arriver mieux préparée face à un président sortant qui aura un bilan en demi-teinte à défendre. La presse étrangère émet des pronostics variés, mais semble unanime sur deux points : si les choses s’annoncent plus compliquées qu’il y a cinq ans pour le président sortant, son adversaire représente un danger pour l’avenir de la construction européenne.

Sur l’économie, sur le social, sur la santé, sur l’Europe, sur les flux migratoires, sur la guerre en Ukraine, ce sont deux projets opposés qui s’affrontent. Tout l’enjeu sera d’être persuasif, sans prendre un ton trop solennel pour pénétrer le cœur des Français, avec plusieurs publics en ligne de mire à devoir fédérer : l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, les Républicains et les écolos que chaque candidat essaie de séduire. Alors que chacun se prépare pour le match retour, les principaux journaux européens s’inquiètent de la possibilité d’une victoire de la candidate d’extrême droite contre Emmanuel Macron au second tour, le 24 avril prochain. Voici un florilège des principaux titres.

Marine Le Pen à l’Elysée? Ce qu’en pense la presse européenne

« Pareil qu’en 2017 ? Rien n’est moins sûr », prévient le Frankfurter Allgemeine Zeitung en Allemagne. « Presque tout est différent. En 2017, Macron était lui-même un outsider, un homme de changement, un porteur d’espoir pour de nombreux Français fatigués de la classe politique et des partis établis. Cette fois-ci, en tant que président sortant, Macron est lui-même l’establishment », souligne le quotidien conservateur, qui rappelle que la candidate d’extrême droite peut désormais compter sur les reports de voix des électeurs d’Eric Zemmour.

« L’Europe doit avoir peur » estime le journal italien la Stampa qui affiche en une, au-dessus d’une photo du président de la République, la manchette : « Un défi pour l’Europe ».

De Madrid à Athènes

« Deux France ont rendez-vous le 24 avril prochain », titre le quotidien suisse Le Temps. « La première, celle d’Emmanuel Macron, qui voit l’avenir aux côtés des Européens, convaincu que le « quoiqu’il en coûte ne peut pas durer indéfiniment. Et puis, la France de Marine Le Pen, qui attend un président capable de réparer les fractures sociales du pays ».

Le quotidien espagnol El País de son côté revient sur « la catastrophe Anne Hidago qui a dynamité les piliers du Parti socialiste français ». Cinq ans plus tard, il a touché le fond et peu sont convaincus qu’il en ressortira sous sa forme originelle, analyse le quotidien espagnol. « Le Parti socialiste et Les Républicains ont été anéantis, La République En Marche et le Rassemblement National sont devenus les nouveaux pôles du paysage politique français. Si François Mitterrand et Jacques Chirac étaient encore en vie, ils n’en croiraient pas leurs yeux », souligne la Vanguardia.

« La défaite de Valérie Pécresse pourrait laisser la France dans une position unique en Europe, celle d’un pays n’ayant aucun parti de droite traditionnel dominant », commente de son côté le Guardian.

 

 « Emmanuel Macron a tout fait pour organiser un nouveau second tour face à Marine Le Pen, mais il aurait dû faire attention à ce qu’il voulait ». C’est la mise en garde faite par The Telegraph au président-candidat qui « pensait survoler cette élection, trop occupé par les affaires du monde pour se soucier de la campagne ».

« Une image en perte de vitesse », souligne The Telegraph. « L’Élysée a été étrangement lent à le voir, alors que Marine Le Pen sillonnait le pays, se présentant comme la matrone de la nation entourée de ses six chats, mariant une économie de gauche avec un nationalisme de droite et de l’ordre, une recette politique puissante, rendue aussi plus respectable par la campagne d’Éric Zemmour »

Marine Le Pen a mis de côté le Frexit, mais ses positions en matière d’asile, sur l’espace Schengen, (…) sont une bombe sur les fondements de l’UE.

« Si les gens restent chez eux, Marine Le Pen a vraiment une chance », avance aussi un spécialiste cité par le quotidien allemand Die Welt, qui redoute une « démobilisation des électeurs non macronistes pour le second tour ».
La faute, selon le quotidien, à « une campagne apathique », dont « le meilleur symbole serait le choix de TF1 de diffuser le film les Visiteurs en deuxième partie de soirée, plutôt que les commentaires politiques. Un film qui se caractérise par une absence d’antagonisme », relève le journal.

 

En Grèce, le quotidien I Kathimeriní est mitigé : « certes, Marine Le Pen a mis de côté le Frexit, mais ses positions en matière d’asile, sur l’espace Schengen, sur la suprématie nationale sur le droit européen, sont une bombe sur les fondements de l’UE. En pleine guerre en Ukraine, ses opinions pro-russes briseraient l’unité des Occidentaux et saperaient la valeur des sanctions décrétées contre Moscou ».

« L’interdiction du foulard nuit à la candidature de Marine Le Pen à la présidence française », titre enfin Politico. « Tous les yeux, à Bruxelles comme à Washington seront rivés sur la campagne de l’entre-deux tours », note plusieurs sites américains, alors que l’OTAN se demande si Paris restera un partenaire fiable dans la guerre contre Vladimir Poutine si Marine Le Pen accède à la présidence française.

Si l’Europe tremble, en revanche, Marine Le Pen alimente l’espoir des médias russes. Ses chances pour le second tour enthousiasment Moscou.