EDITO

Révolte, dégoût et honte face à la vérité

BELGA

Après quelques années passées à écouter les témoignages, les uns aussi bouleversants que les autres, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’église (CIASE) en France a rendu son rapport mardi. Présidé par Jean-Marc Sauvé, elle a identifié environ 330.000 victimes de violences et d’agressions sexuelles commises par des religieux et des laïcs (aumôniers, enseignants, etc.) travaillant pour les institutions de l’Eglise catholique sur une période de près de sept décennies.

Pour la première fois de son histoire, l’Eglise catholique française a décidé de balayer en profondeur devant sa porte et de regarder la vérité en face. A l’arrivée, les membres de la Commission ont levé le voile sur un phénomène qu’ils ont unanimement qualifié de « systémique ». Il faut dire que la Commission a été missionnée par les évêques et les congrégations catholiques françaises qui ont voulu mettre les victimes au centre de leurs préoccupations. Certes, la démarche est louable et salutaire, mais comment ne pas éprouver un sentiment de révolte, de dégoût et de honte devant une situation à propos de laquelle certains responsables de l’Eglise française ont gardé le silence pendant des années. Il ne faut certes par jeter l’opprobre sur toute l’institution religieuse de l’Hexagone, mais les conclusions du « rapport Sauvé » en dévoilent une facette qui ne l’honore pas. La colère est d’autant plus grande que ces comportements sont le fait d’individus qui sont censés protéger ces jeunes et leur faire découvrir l’amour désintéressé du Christ.

La colère est d’autant plus grande que ces comportements sont le fait d’individus qui sont censés protéger ces jeunes et leur faire découvrir l’amour désintéressé du Christ.

Les responsables de l’Eglise dans d’autres pays seraient bien inspirés de ne pas jeter la première pierre à leurs confrères français, car il est difficile de croire que cette attitude déshonorante n’ait pas également touché leurs institutions respectives. Ils feraient mieux de s’inspirer de l’exemple de l’Eglise catholique française pour initier la même démarche afin de libérer la parole des victimes dans leurs pays afin de leur permettre de panser leurs plaies et de retrouver, si possible, une certaine sérénité. Ce serait rendre service à l’Eglise catholique universelle que de regarder la vérité en face, de reconnaître les méfaits commis par certains de ses membres et de demander pardon.

Mais au-delà de ce pardon, la Commission, présidée par Jean-Marc Sauvé, évoque des indemnités financières et la voix de la justice restauratrice pour essayer de soulager les douleurs enfouies des victimes. C’est la moindre des choses. Mais elle trace aussi des pistes pour contrer au maximum le phénomène et éviter qu’il ne se reproduise. Il est donc question de rendre l’écoute plus professionnelle, de réformer le droit canon, de mener une réflexion sur l’image de l’homme d’église et sur le secret de la confession. Celui-ci doit, par exemple, pouvoir être levé quand des actes graves sont commis et que des vies sont en danger. L’Eglise et son premier dirigeant, le Pape François feraient mieux de suivre ces recommandations.

Au-delà des indemnités financières et la justice restauratrice, la Commission trace aussi des pistes pour contrer au maximum le phénomène et éviter qu’il ne se reproduise.

L’Eglise ne doit pas avoir peur de mener ce travail de reconnaissance de sa responsabilité pour des vies brisées par l’attitude de certains de ses représentants. Il pourrait d’ailleurs lui permettre de retisser un climat de confiance et de ramener vers elle des croyants ayant pris leurs distances. Mais ce serait commettre une erreur que de lier ces comportement (pédo)criminels de certains représentants de l’église au célibat des prêtres. Il n’y a aucun lien de causalité entre les deux.